Les dividendes : une rémunération doublement imposée

Les dividendes représentent une distribution des bénéfices de la société à ses associés ou actionnaires. Ils ont la particularité d'être soumis à une double imposition économique :

Cette double taxation du bénéfice est partiellement atténuée par les dispositifs que nous allons examiner — notamment l'abattement de 40 % sous le barème progressif, et le régime mère-fille pour les groupes de sociétés.

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %

Depuis le 1er janvier 2018, les dividendes perçus par des personnes physiques sont, par défaut, soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) — souvent appelé flat tax. Le taux global est de 30 %, décomposé comme suit :

ComposanteTauxNature
Impôt sur le revenu12,8 %Impôt fiscal
Prélèvements sociaux17,2 %CSG (9,2 %), CRDS (0,5 %), PS (7,5 %)
Total PFU30 %

Ce régime s'applique à tous les revenus de capitaux mobiliers, sans distinction de tranche d'imposition. Il est prélevé à la source sous forme d'acompte de 12,8 % lors de la mise en paiement des dividendes, puis régularisé lors de la déclaration annuelle.

Dispense d'acompte : Les associés dont le revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année est inférieur à 50 000 € (personne seule) ou 75 000 € (couple) peuvent demander la dispense d'acompte à la société en amont de la mise en paiement. La régularisation intervient à la déclaration.

L'option pour le barème progressif de l'IR

Le contribuable peut, chaque année, opter globalement pour l'imposition de l'ensemble de ses revenus de capitaux mobiliers et plus-values mobilières au barème progressif de l'impôt sur le revenu, plutôt qu'au PFU.

Cette option est avantageuse pour certains contribuables grâce à l'abattement de 40 % applicable aux dividendes éligibles :

Exemple chiffré : Un contribuable reçoit 10 000 € de dividendes bruts. S'il opte pour le barème avec TMI à 30 % : base imposable à l'IR = 10 000 × 60 % = 6 000 €. IR = 6 000 × 30 % = 1 800 €. PS = 10 000 × 17,2 % = 1 720 €. Total = 3 520 € sur 10 000 €, soit 35,2 %. Avec le PFU à 30 %, le même dividende aurait généré 3 000 € d'imposition. Dans ce cas, le PFU est plus avantageux.

La CSG payée sur les dividendes est partiellement déductible du revenu imposable l'année suivante (6,8 % sur les 17,2 % de PS) — un avantage supplémentaire de l'option barème.

PFU ou barème progressif : quand opter ?

ProfilTMI IRRégime recommandé
Faibles revenus0 % ou 11 %Barème progressif (+ abattement 40 %)
Revenus moyens30 %PFU généralement préférable
Hauts revenus41 % ou 45 %PFU très avantageux
Très hauts revenus45 % + CEHRPFU fortement recommandé

L'option est globale : Le choix entre PFU et barème progressif s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers et plus-values mobilières de l'année — il n'est pas possible de choisir le barème pour les dividendes et le PFU pour les intérêts, par exemple.

Le régime mère-fille : pour les distributions entre sociétés

Lorsqu'une société soumise à l'IS reçoit des dividendes d'une filiale (également soumise à l'IS), le régime de droit commun conduirait à imposer ces dividendes dans les résultats de la société mère. Le régime mère-fille (art. 145 et 216 du CGI) évite cette double imposition interentreprises.

Conditions d'application

Mécanisme : exonération à 95 %

Les dividendes reçus par la société mère sont exonérés d'IS à 95 %. Seule une quote-part forfaitaire de 5 % est réintégrée dans le résultat imposable de la société mère (pour frais et charges). Avec un taux d'IS à 25 %, la charge fiscale effective sur les dividendes intergroupes n'est que de 25 % × 5 % = 1,25 % du dividende brut.

Intérêt de la holding : En interposant une société holding soumise à l'IS entre l'entreprise opérationnelle et les associés personnes physiques, les dividendes remontent de la filiale à la holding avec une charge fiscale de seulement 1,25 %. Les fonds peuvent ensuite être réinvestis par la holding sans nouvelle imposition — ce qui crée un effet de capitalisation puissant. L'imposition des associés personnes physiques n'intervient qu'à la distribution depuis la holding.

La holding familiale : un outil d'optimisation

La structure holding est couramment utilisée par les dirigeants de PME pour :

La mise en place d'une holding répond à une logique patrimoniale globale qui doit être étudiée avec soin : les coûts de gestion, les risques d'abus de droit et les contraintes de sortie doivent être anticipés.

Mention obligatoire en assemblée (art. 243 bis CGI)

Lors de chaque assemblée générale statuant sur l'affectation du résultat, la loi impose de mentionner les dividendes distribués au cours des trois exercices précédents. Cette information figure obligatoirement dans le rapport de gestion et dans les résolutions soumises au vote.

Son omission ne remet pas en cause la validité de la distribution, mais constitue une irrégularité formelle susceptible d'être relevée en cas de contrôle.

Questions fréquentes

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU ou flat tax) s'applique au taux global de 30 % : 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 17,2 % au titre des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité). Ce taux est inchangé depuis son introduction au 1er janvier 2018.
Non. L'abattement de 40 % sur les dividendes n'est accessible que lorsque le contribuable opte pour l'imposition au barème progressif de l'IR. En choisissant le PFU, la totalité du dividende brut est imposée à 12,8 % (IR) sans abattement préalable.
L'option pour le barème progressif est généralement avantageuse pour les contribuables dont le taux marginal d'imposition (TMI) est de 0 % ou 11 %. Dans ce cas, l'abattement de 40 % combiné à un TMI faible peut conduire à une imposition IR inférieure au taux PFU de 12,8 %. Au-delà de 30 % de TMI, le PFU est presque toujours plus favorable.
Le régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI) permet à une société soumise à l'IS de quasi-exonérer les dividendes reçus de ses filiales. Conditions : détention d'au moins 5 % du capital de la filiale depuis 2 ans minimum. Effet : exonération de 95 % des dividendes reçus, seule une quote-part de 5 % étant réintégrée dans le résultat imposable.
Oui, en partie. Sous le régime mère-fille, les dividendes reçus par la holding de ses filiales ne sont imposés qu'à hauteur de 1,25 % environ. Les associés personnes physiques ne sont imposés (à 30 % via le PFU) que lorsqu'ils reçoivent effectivement des dividendes depuis la holding. Les fonds non distribués peuvent être réinvestis sans imposition supplémentaire.

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