Qu'est-ce qu'un fonds de commerce ?
Le fonds de commerce est un ensemble d'éléments mobiliers permettant l'exploitation d'une activité commerciale. Il appartient au commerçant (personne physique ou société) qui l'exploite, et peut être cédé indépendamment des murs ou de la structure juridique qui le détient.
Le droit positif ne donne pas de définition légale exhaustive du fonds de commerce, mais la jurisprudence et la doctrine s'accordent sur son élément central : la clientèle. Sans clientèle propre, pas de fonds de commerce. Cette clientèle doit être personnelle (attachée au commerçant, non à un tiers), réelle et effective.
Fonds de commerce vs fonds artisanal : Les artisans exploitent un fonds artisanal, soumis à des règles spécifiques. Les règles présentées ici s'appliquent principalement aux fonds de commerce au sens strict (commerçants). Les professions libérales cèdent quant à elles une clientèle civile, selon un régime distinct.
Quels éléments font partie du fonds ?
La cession d'un fonds porte sur un ensemble d'actifs que les parties doivent délimiter avec précision dans l'acte de vente.
Éléments incorporels (immatériels)
- La clientèle et l'achalandage — élément essentiel, sans lequel il n'existe pas de fonds ;
- Le droit au bail commercial — droit du locataire à se maintenir dans les lieux et à renouveler le bail ;
- Le nom commercial — dénomination sous laquelle l'activité est exploitée ;
- L'enseigne — signe distinctif apposé sur le local ;
- Les droits de propriété intellectuelle : marques, brevets, dessins et modèles, logiciels développés en interne ;
- Le nom de domaine internet et les réseaux sociaux associés ;
- Les licences et autorisations administratives (licence de débit de boissons, autorisation d'exploitation, etc.), sous réserve qu'elles soient transmissibles.
Éléments corporels (matériels)
- Le matériel et l'outillage nécessaires à l'exploitation ;
- Le mobilier commercial (agencements, rayonnages, équipements) ;
- Les marchandises en stock, sauf clause contraire (souvent évaluées à part au moment de la cession).
Ce qui n'est pas le fonds : Les immeubles (locaux commerciaux) ne font pas partie du fonds de commerce — le cédant les conserve ou les cède séparément. Les créances et dettes ne sont pas non plus automatiquement comprises, comme nous le verrons.
Dettes et créances : ce qui reste au vendeur
C'est l'une des règles les plus importantes — et les plus mal connues — de la cession de fonds de commerce : les dettes du vendeur ne sont pas transmises à l'acquéreur.
Les créances clients
Les créances sur les clients (factures émises non encore réglées) restent en principe la propriété du vendeur après la cession. L'acquéreur peut les racheter dans le cadre de l'acte de cession, mais ce n'est pas automatique.
Les dettes fournisseurs et bancaires
Les dettes envers les fournisseurs, les banques, ou tout autre créancier restent à la charge du vendeur. L'acquéreur ne reprend pas le passif — c'est précisément l'un des avantages de la cession de fonds par rapport à la cession de parts sociales, qui emporte transfert du risque sur l'intégralité du passif social.
Exception : solidarité fiscale de l'acquéreur
Attention toutefois : l'acquéreur devient solidairement responsable avec le vendeur du paiement des impôts et taxes (TVA, impôts directs, cotisations sociales) dus par le vendeur au titre de l'exploitation du fonds, dans la limite du prix de vente — et pendant un délai légal après la publication de la cession. Cette solidarité fiscale justifie une vérification approfondie de la situation fiscale et sociale du vendeur avant toute signature.
Les contrats : le principe de non-transfert automatique
Contrairement à une idée reçue, la cession du fonds n'emporte pas automatiquement le transfert des contrats commerciaux en cours (contrats fournisseurs, abonnements, contrats de franchise, contrats de distribution, etc.).
Pour chaque contrat, trois conditions sont généralement requises pour le transfert :
- L'accord exprès du cocontractant (fournisseur, partenaire) ;
- Un écrit matérialisant le transfert ou la novation ;
- L'acceptation de l'acquéreur de se substituer au vendeur.
En pratique, la liste des contrats à transférer doit être recensée en amont de la cession, et les accords de reprise négociés avec chaque cocontractant avant la signature de l'acte définitif.
Les salariés : une exception légale impérative
C'est ici que la règle générale s'inverse : en matière de contrats de travail, le transfert est automatique et obligatoire.
En application de l'article L. 1224-1 du Code du travail, tous les contrats de travail en cours au jour de la cession sont de plein droit transférés à l'acquéreur lorsque celui-ci poursuit l'activité. Cette règle s'impose aux parties et ne peut pas être écartée par accord entre vendeur et acquéreur.
L'acquéreur devient automatiquement le nouvel employeur et doit respecter :
- L'ancienneté de chaque salarié (continuité) ;
- La rémunération contractuelle ;
- La qualification et le poste ;
- Les droits acquis (congés, épargne salariale, etc.).
Information des salariés : La loi Hamon (art. L. 141-23 C. com.) impose d'informer les salariés du projet de cession au moins deux mois avant la signature de l'acte, afin de leur permettre de formuler une offre de rachat. Cette obligation s'applique aux entreprises de moins de 250 salariés. Son non-respect peut entraîner des sanctions.
Assurances et droits de propriété intellectuelle
Contrats d'assurance
Les contrats d'assurance dommages (incendie, responsabilité civile professionnelle, etc.) liés à l'exploitation peuvent être transférés à l'acquéreur. Cependant, l'assureur comme l'acquéreur peuvent résilier le contrat selon les modalités légales prévues à l'article L. 121-10 du Code des assurances.
Marques, brevets et droits intellectuels
Les droits de propriété intellectuelle (marques, brevets, dessins et modèles) peuvent être inclus dans la cession du fonds, mais leur transfert doit être prévu expressément dans l'acte et, pour la plupart, faire l'objet de formalités auprès de l'INPI pour être opposables aux tiers.
Une marque non mentionnée dans l'acte de cession ne sera pas automatiquement transférée — même si elle est étroitement liée à l'activité. Ce point est souvent source de litiges post-cession.
Formalités légales de la cession
La cession d'un fonds de commerce est soumise à un formalisme obligatoire :
- Acte écrit (acte sous seing privé ou notarié) mentionnant les mentions légales obligatoires (prix, chiffre d'affaires des 3 derniers exercices, résultat des 3 derniers exercices, etc.) ;
- Publication dans un journal d'annonces légales dans les 15 jours de la signature ;
- Publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) ;
- Ces publications ouvrent un délai de 10 jours pendant lequel les créanciers du vendeur peuvent former opposition sur le prix ;
- Déclaration à l'administration fiscale dans le mois suivant la cession (enregistrement) ;
- Paiement des droits d'enregistrement par l'acquéreur (entre 0 % et 5 % selon la valeur du fonds).
Définir précisément le périmètre : un enjeu majeur
Une cession mal rédigée est une source garantie de litiges. Les points à sécuriser dans l'acte :
- La liste exhaustive des éléments corporels et incorporels cédés ;
- Le sort des stocks (valeur, inventaire contradictoire au jour de la cession) ;
- Les contrats repris et ceux restant au vendeur ;
- Les droits intellectuels inclus ou exclus, avec inscription INPI si besoin ;
- Les déclarations et garanties du vendeur sur l'état fiscal, social et juridique du fonds ;
- La clause de non-concurrence et de non-sollicitation post-cession (durée, périmètre géographique).
Un audit préalable (due diligence) réalisé par l'acquéreur avant la signature — couvrant les aspects comptables, fiscaux, sociaux et juridiques — est fortement recommandé. Il permet d'identifier les risques cachés et de négocier des garanties adaptées.
Questions fréquentes
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